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  • : La Minute Nécessaire de Bridget Kyoto
  • La Minute Nécessaire de Bridget Kyoto
  • : Où sont les esprits décapants qui se moquent de tout, s'amusent de l'urgence et parodient les alternatives ? Quels personnages peuvent incarner les affres et contradictions de l'écologie quotidienne, ses hypocrisies, son jusqu'au-boutisme et ses errements misanthropes ? Personne pour l'instant – à part BRIDGET KYOTO !
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29 novembre 2010 1 29 /11 /novembre /2010 15:48

« Cette nuit, docteur, j’ai fait un rêve étrange : je remontais à pied le lit asséché de ce qui semblait avoir été une large rivière. Au long des berges mortes, on pouvait deviner qu’une végétation luxuriante avait poussé ici et qu’une verte vallée remplaçait autrefois le désert dans lequel je m’assoiffais. Au détour d’une colline, en amont, je finis par apercevoir, au loin, qu’un immense barrage bloquait fermement l’entrée de la vallée. Un village du tiers monde, miséreux, délabré, était blotti au pied de celui-ci. »

barrage-hoover 

- Ah ah, gontinuez, fit le docteur, ça m’a l’air très zexuel, tout za. Rivière + barrage = zexe. Blocache pzygologique. Z’est limpide.

 

« Les pauvres maisons étaient regroupées au pied de l’immense mur de béton, écrasées par son imposante masse. Je compris bientôt la raison de cet inhabituel regroupement. Au centre du barrage, planté à même la paroi à hauteur d’homme, se trouvait un petit robinet fermé, tout simple. Il donnait dans un abreuvoir à sec. Ce robinet était le seul point d'eau du village, l'endroit où tous les habitants venaient chercher l’eau pour se désaltérer et irriguer leurs maigres récoltes. »

 

- Ah, ah, betit robinet,  métaphore zexuelle, très pien ! fit le docteur.

Ah ce moment, je crus bienvenu de lui préciser une ou deux choses :

- Bon, écoute-moi, Toubib : comme c’est moi qui paye la séance alors c’est moi qui cause, toi tu te tais et t’écoutes ou sinon je t’enlève un euro par mot que tu prononces, c’est pas parce que t’es psychamachin que je vais me laisser marcher sur la langue. »

(J’ai un rapport très dynamique avec les représentants de cette illustre profession) Je poursuivis donc :

 

« Tandis que j’allais me désaltérer, un Mexicain sortit d'une maison et se dirigea vers moi. Il ressemblait à une sorte de François Fillon moustachu :

- Hé, dites donc, faut pas vous yêner, vous croyez qué c’est gratouit ? »

 

- Ah ah, gratuit, l’archent, z’est le caca de vous… interrompit le docteur,  za ze précise !

D’un geste éloquent, je saisis sa lampe de bureau ; il se tut. Je repris :

 

 « Je répondis au Francisco Fillón que je voulais juste étancher ma soif.

- Il n’y a plous rien, les cuves sont vides, lé village est rationné. Il n’y a plous d’eau. Ils gaspillent trop.

Les villageois s’étaient peureusement regroupés derrière lui en ânonnant : plus d’eau, on gaspille trop.

- Ils gaspillent trop, n’ouvrez pas cé robinet. Il faut rationner. Il n'en reste plous.

- Le village est rationné ? Vous êtes cons ou quoi ? Et ça ? fis-je, en indiquant du doigt le sommet du barrage.

Il ignora mon geste.fillon.jpg

- Yé souis le gardien dou robinet, je travaille pour le barrage. Je vous dis qu’il n’y a plous d’eau. C’est comme ça. Ne discoutez pas.

- Vous êtes tous mabouls dans ce bled ou quoi ? fis-je, pourquoi ne prenez-vous pas un peu de l’eau qui se trouve de l’autre côté du barrage ? Il doit y en avoir des milliards de mètres cubes ? Allez, laissez-moi ouvrir ce putain de robinet.

- C’est pas à nous. On né peut pas. C’est comme ça. C’est obligé. Il n’y a plous d’eau qui reste pour eux. Ils gaspillent trop. Privilégiés. Les cuves sont vides.

Il avait l’air sérieusement atteint lui aussi. Je repris mon sang-froid pour essayer de lui expliquer calmement ma façon de voir les choses.

- Vous êtes en train de me dire que vous êtes assez débiles pour mourir de soif au pied d’un barrage ?

- C’est pas à eux. On né peut pas. Ils gaspill…

- C’est bon, Coco-Perroquet, j'ai compris. Et cette eau, elle est à qui, alors ?

Le Fillon me regarda, interloqué et les villageois éclatèrent de rire :

- Ben, elle appartient au barrage, pardi… vous sortez d’où ?

- Et le barrage ?

- Ben, lé barrage, il appartient à... heu... au barrage aussi !

Les villageois reculèrent instinctivement en disant : barrage, sacré, barrage, pas toucher...428754-img-50392-hr.jpg.jpg

 Le docteur, n’y tenant plus, intervint :

- Ah ah, fictoire : z’est bien zexuel : le betit robinet, le bénis, tout est là : néfrose ! Le barrage, za représente la femme et…

Je descendis du divan et mis mon visage à un centimètre du sien :

- Tu vas la fermer, oui, Sigmund ? Elle n’a rien à voir avec les femmes, ma névrose !

- Pourquoi ?

- parce qu'elle a à voir avec le rapport du Conseil des prélèvements obligatoires, que j'ai lu hier. Et ben figure-toi que les exonérations fiscales dont bénéficient les entreprises, c’est CENT SOIXANTE DOUZE MILLIARDS d'euros. Pour te donner une idée, ça fait DIX-SEPT fois le déficit actuel des caisses de retraite. Si tu ajoutes, les excès de rémunération du capital et les paradis fiscaux (40 à 50 milliards d'euros), tu te rends compte que si les caisses de l'état sont vides, c'est pas parce que l'argent en sort, c'est parce qu'il n'y entre pas.

- Et ?

- Et ben, les villageois, dans mon rêve, c’est nous.

- Ah ? Et le barrache ?

- Devine.

 

 

Publié dans la Mèche N°12

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Published by Eric la Blanche - dans Bulletins d'humeur
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commentaires

Laurent 15/12/2010 11:12



Bonjour, ce n'est que la deuxième fois que je vous lis, et j'adore.


Autant de réalisme que d'humour, c'est jubilatoire.


continuez, un jour, c'est sûr, on les aura. L'interrogation est quand et surtout comment, c'est là que j'ai peur …vu le nombre de con au pied de notre barrage.


El Tico Loco



Zorglub 30/11/2010 22:32



Très bon article lu sur Agoravox, ce qui me permet de visiter votre Blog.


Cordialement.



Estève 30/11/2010 16:15



Le barrage, c'est ma petite entreprise, étouffée par les cotisations sociales, les taxes et les contributions fiscales. C'est ma petite entreprise qui aimerait bien embaucher, parce qu'elle a pas
mal de boulot, surtout qu'elle a trouvé une perle rare parfaite pour le job, et qui serait trop contente de travailler et de faire vivre sa famille. Mais ma petite entreprise, elle a trop peur de
se faire dézinguer par l'URSSAF, et surtout de ne pas pouvoir se séparer de son employé dans deux, trois, quatre ans, si le boulot se fait plus rare. Alors ma petite entreprise, elle n'embauche
pas la perle rare qui ne fait donc pas vivre sa famille, et moi je me tape tout le boulot, vite et mal, et je suis crevé, et l'Etat m'attend au tournant si j'oublie la moindre déclaration.


Voilà, le barrage, c'est moi. Tapez-moi sur la gueule, j'ai l'habitude. Dans deux ans au plus, je serai au chômage. Je toucherai rien, hein, vous inquiétez pas. Ah si, peut-être le RSA, parce que
personne ne pourra me faire bosser, vu que mon travail coûtera trop cher.



Eric la Blanche 30/11/2010 16:32



Malheureusement, non, je suis désolé, je ne crois pas que ce soit vous le barrage. Vous avez beaucoup d'exonérations ? Vous avez un compte dans un paradis fiscal ? Avez-vous seulement des actions
? Je crains fort que vous ne soyez du côté aval, avec nous.


Cordialement,


Eric la Blanche



ZapPow 29/11/2010 22:36



Ah le bel article ! Bon, la situation décrite, la nôtre donc, n'est pas réjouissante, mais qu'il y ait des gens assez lucides pour voir la réalité, et l'exprimer de cette façon, ça, c'est
réjouissant.


 


On attend 2012 pour le faire sauter, le barrage ?



Jean-Paul BARASTIER 29/11/2010 18:25



Comme quoi, il y a peu de chance que nous périssions noyés.


Et ce barrage, malgré les risques, on le fait péter quand ?


 



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