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  • : La Minute Nécessaire de Bridget Kyoto
  • La Minute Nécessaire de Bridget Kyoto
  • : Où sont les esprits décapants qui se moquent de tout, s'amusent de l'urgence et parodient les alternatives ? Quels personnages peuvent incarner les affres et contradictions de l'écologie quotidienne, ses hypocrisies, son jusqu'au-boutisme et ses errements misanthropes ? Personne pour l'instant – à part BRIDGET KYOTO !
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6 juillet 2010 2 06 /07 /juillet /2010 11:30

Ce matin, en me regardant mes cheveux dans la glace, je me suis rendu compte que la fabuleuse crinière à laquelle tant de femmes s'étaient agrippées en criant de plaisir tandis que je leur faisais entrevoir l'existence de Dieu, ressemblait désormais à une aisselle portugaise un soir de canicule.

Il fallait bien que je l'admisse : j'avais une coupe de merde.

Or, Luigi, mon fidèle coiffeur personnel - qui fut en son temps l'ordonnateur zélé des chevelues cascades de Mike Brant et de Joe Dassin (véridique !) - m'a lâchement abandonné la semaine dernière sous prétexte de prendre des vacances (comme si les coiffeurs avaient besoin de se reposer !)

 

beyonce.jpgJe me suis donc rendu d'un pas résolu dans un salon huppé de mon quartier. Une jeune domestique mamelue, scurrile et échevelée est venue me proposer un siège et m'a demandé si je désirais un café. J'ai trouvé cela très drôle et je l'ai congédiée d'un geste agaçé car je ne bois que du champagne rosé, c'est bien connu. Mais bon, j'aime les petites gens qui ont de l'humour - même si je ne pense pas qu'il faille valoriser ce genre de qualité chez les domestiques.

La fille, sans aucune gêne, m'a tripoté les cheveux et m'a demandé "vous les avez lavés quand ?" J'ai pouffé. Quelle impertinence, ai-je admis ; c'est cela, que j'aime dans l'esprit populaire parisien : ce vivifiant mélange de candeur et d'espièglerie.

- Mademoiselle, vous ne pensez tout de même pas que je lave mes cheveux moi-même, ?

- Ah... heu, non... je...

- Ts-ts-ts.

- Et on les coiffe comment ? a-t-elle osé.

J'ai marqué une pause et réprimé un soupir :

- Je ne vois pas en quoi ça vous regarde.

- Je vous demande pardon ?

- Je disais : en quoi ma coupe de cheveux vous concerne-t-elle ?

- Parce que c 'est moi qui...

Je l'ai coupée, infiniment las :

- Etes-vous un homme, mademoiselle ?

- Ben... heu... non.

- C'est bien ce que je pensais. Et comment vous prénommez-vous ?

- Vanessa, monsieur.

- Voilà. Très joli. Vous êtes donc une sorte de femme ?

- Heu... oui.

- Et donc, vous ne vous appelez pas Jean-Louis, n'est-ce pas ?

- ?

- Alors, écoutez-moi, Vanou, les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures. Veuillez ôter de mes cheveux l'assortiment de saucisses cocktail qui vous sert de de main et appelez-moi qui de droit.

- Je ne compr...

Elle commençait à franchir les limites et je m'en voulus aussitôt de m'être laissé aller à plaisanter avec la valetaille.

- On est bien chez Jean-Louis David, ici, non ?

- Heu, oui.

- Bon, alors appelez-moi Jean-Louis David !

- Mais, monsieur, c'est moi qui vais vous...

- Vous ? Certainement pas : je ne sais pas qui vous êtes, ni ce que vous me voulez et je n'ai pas toute ma journée ! Jean-Louis-Da-vid, vous dis-je... et vite !

- Mais Monsieur, Jean-Louis David ne travaille pas ici, nous sommes un salon franch...

- Pas mon problème ! il est indiqué Jean-Louis David, coiffeur, au fronton de cet établissement, non ? Alors j'exige de me faire coiffer par Jean-Louis David. Et puis c'est tout. Je n'ai aucune envie de me laisser tripoter le vison par une drôlesse.

- Mais monsieur...

- J'exige, vous entendez bien, J'EXIGE que vous m'appeliez ce monsieur David immédiatement ou je fais un scandale.

La petite grue est allé me chercher une sorte de manageuse méridionale au bronzage orange qui a tenté de m'expliquer qu'il s'agissait d'un terrible malentendu et que monsieur Jean-Louis David n'était pas personnellement présent dans les établissements qui portent son nom - pour des raisons que je n'ai aucunement comprises si ce n'est qu'il s'agissait encore de l'une de ces escroqueries de la mercatique moderne. J'avais décidé de tenir bon.

- il y a marqué Vanessa Coiffure sur votre enseigne ?

- Non mais...

- Alors pourquoi devrais-je me laisser coiffer par ce petit cabillaud ? Hein ? Et qui me dit qu'elle n'est pas musulmane ?

- Je ne vois pas le rapport, monsieur, et vos insinuations sont largement dépla...

banc-295448.jpg- Vous avez raison, je m'emporte et vous prie de m'en excuser, je respecte profondément la faune pélagique océanique. Au fait, savez-vous que la surpêche a d'ores et déjà fait disparaître les grands bancs de l'Atlantique nord ? C'est terrible, n'est-ce pas ? Je ne saurais donc trop vous engager à veiller précieusement sur les spécimens que vous avez ici...

- ?

- ...mais JE NE LAISSERAI AUCUNE de ces morues me saccager les douilles, je veux mon merlan (coiffeur, en argot ndlr) : JE VEUX JEAN-LOUIS DAAAAVID.

- Monsieur, soyez raisonnable, il ne peut...

- Je ne vous écoute même plus, blèche bonnisseuse : jeanlouisdavid-jeanlouisdavid-jeanlouisdavid-jeanlouisdavid-jeanlouisdavid...

(5 minutes de brouhaha plus tard)

- ...jeanlouisdavid-jeanlouisdavid...

- Je vous préviens, Monsieur, je vais appeler la police.

- Faites-donc, vile bagasse, et vous me ferez le plaisir de me passer mon ami, monsieur le commissaire divisionnaire, que je lui explique ce qui se trame ici et quel genre d'homme est votre invisible monsieur David... ah ! et puis d'ailleurs, ne vous claquez pas le saindoux, je m'en vais le chercher moi-même !

Sur ce, je suis sorti et, avant de claquer la porte, j'ai lancé :

- Au fait, pour aller au commissariat, je passe devant la poissonnerie, vous voulez que je dépose Vanessa ?

Puis je suis reparti, apaisé, en sifflotant et j'ai consulté, guilleret, la suite de mon emploi du temps sur mon petit agenda.

Aaah ! et maintenant : Afflelou.

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Published by Eric la Blanche - dans Bulletins d'humeur
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commentaires

Lilie_Moon 17/09/2010 07:20



Je découvre votre blog (pas faute de vous suivre sur FB pourtant), c'est terriblement bon ;)



Claudius 12/07/2010 16:09



On attend également avec une fébrile impatience l'intervention chez Justin Bridoux



Pangloss 11/07/2010 10:22



Tant qu'à faire chier le monde autant y aller à fond!



Cathy 07/07/2010 00:01



 Morte de rire ! Ca défrise grave cet article. Excellent, continuez ! Je suis fraichement inscrite (depuis une
petite semaine) mais je suis une fidèle lectrice  Rien à dire sur le vocabulaire halieutique (eh eh !)



Jean-Claude Julien 06/07/2010 21:31



Un grand merci de compétition pour scurrile et blèche, deux vocables dont j'ignorais jusqu'à l'existence et qui
fleurent bon Léon Bloy.



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