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  • : La Minute Nécessaire de Bridget Kyoto
  • La Minute Nécessaire de Bridget Kyoto
  • : Où sont les esprits décapants qui se moquent de tout, s'amusent de l'urgence et parodient les alternatives ? Quels personnages peuvent incarner les affres et contradictions de l'écologie quotidienne, ses hypocrisies, son jusqu'au-boutisme et ses errements misanthropes ? Personne pour l'instant – à part BRIDGET KYOTO !
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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 16:45

Je ne vous ai jamais parlé de mon amie Francette. Elle s’appelle France mais a toujours voulu qu’on l’appelle Francette. Elle nous gardait quand nous étions petits et, avec elle, j’ai appris plein de trucs absolument vitaux comme… heu… retourner une crêpe, par exemple.

Et puis, il y a quelque temps, Mamie Francette a fait une crise ; c’est arrivé d’un coup. Surdosage de médicaments et anémie.

crise-29-copie-1.jpgJe suis allé la voir à l’hôpital international : elle était maigre, si maigre. A faire peur. Je lui ai demandé de  bien manger pour reprendre des forces ; je lui avais amené ces petits gâteaux à la confiture qu’elle aime tant. Elle m’a dit : le docteur ne veut pas.

Alors je suis allé le voir : Dr. Milton Frithomme, diplôme de bionomie, Université de Chicago.

- Pourquoi est-ce que vous ne voulez pas qu’elle mange mes gâteaux ?
- Parce que seule la nourriture fournie par notre hôpital est autorisée ! Hors-sac interdit ! Vous n'êtes pas dans un hôpital socialiste, nous sommes un hôpital libre, ici, monsieur !

Ensuite, il m’a dit que son état était inquiétant et qu’il ne fallait absolument qu’elle arrête ses médicaments.  Je n’ai pas compris tout de suite :

- Vous voulez dire, Docteur, qu’elle doit continuer à prendre le médicament qui l’a envoyée à l’hôpital (et que vous lui avez prescrit ?)
- Oui,Il ne faut pas arrêter d’un coup. Et vous savez, je sais de quoi je parle : je travaille pour la société qui fabrique ce médicament. C’est un très bon médicament. Vraiment.

J’ai trouvé ça un peu… heu… Woerthien et j’en ai pris une boîte : contre-indiqué en cas de faiblesse ou d’anémie. J’ai regardé le médecin, interloqué. Il m’a pris par l’épaule avec un grand sourire :

- Ne craignez rien, c’est un protocole très courant. On l’applique systématiquement en cas de crise. J’ai fait ma thèse de bionomie là-dessus, justement.
- De bio quoi ?
- De bio – nomie : c’est l’économie libérale appliquée à la biologie, c'est de l'économie médicale. Par exemple, là, on purge et on affaiblit votre amie afin qu’elle puisse repartir sur de bonnes bases : c’est comme les politiques de  rigueur que vous allez bientôt subir en France, mais appliquées à la médecine.
- Ah ? Heu, super ! Mais c’est pas un peu dangereux ?
- Mais non, mais non, au pire : le patient meurt… mais sur de bonnes bases ! Et puis, de toute façon : on ne peut pas faire autrement. C’est a-bso-lu-ment impossible. La théorie néolibérale l’interdit : Verboten ! Sacrilège ! Tabou !
- Comme les saignées dans les pièces de Molière ?

Il m’interrompit avec enthousiasme :

- Mais oui, jeune homme ! On lui en administre aussi : ça fluidifie sa circulation et on revend son sang à des amis pour qu’elle rembourse ses médicaments. C’est ça la bionomie : comme dans l’économie réelle ! Il faut bien vivre, hein.

Sur ce, il me fit un petit clin d’œil complice tandis que je lui demandais de m’aider à ramasser mes bras qui pauvre-vieille.jpgvenaient de tomber par terre. Puis je suis retourné voir Francette, pas rassuré. Avant de partir, elle a tenu à me présenter ses « copines » de l’étage, des dames de son âge, toutes d’origines différentes : une Grecque, une Espagnole, une Portugaise, une Italienne, une Irlandaise… et même une vieille Anglaise qui ronchonnait dans un coin.

Elle a dû voir une ombre sur mon visage parce qu’en partant, elle m’a dit à l’oreille :

- Ne t’inquiète pas, leurs pilules, elles sont pas bonnes. Trop amères. Alors moi, je fais la grève : je les fiche aux cabinets.

Et elle a rigolé. Sacré vieille France.

 

Lire aussi : la Stratégie du Choc (Naomi Klein - 2007)

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Published by Eric la Blanche - dans Bulletins d'humeur
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commentaires

galanga 01/11/2010 19:51



Excellentissime !


(petite coquille nonobstant: il pmanque un "pas" dans la phrase "... et qu’il ne fallait absolument qu’elle arrête ses médicaments." )



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